Pas de plans

Publié le par Françoise

 
 
 
Je suis partie de chez moi en courant, les cheveux à moitié séchés, ébouriffés, dressés sur ma tête, un côté plat. Les clefs à la main, le sac ouvert, la carte orange, oui, je me suis souvenue de prendre ma carte orange, mon livre, mon carnet, mon stylo, les amis du voyage.  Je claque la porte, je descends les marches en faisant un bruit terrible, la vitesse d’une athlète olympienne, la force dans les jambes, les pieds comme des ressorts, je bondis dans la rue.
 
Il pleut, tant pis, pas de parapluie.
 
Arrivée au métro, Mairie des Lilas, je m’aperçois que je n’ai pas l’adresse. Je fais demi tour, je remonte, moins athlétique, moins enthousiaste, encore en retard. Je monte, je rentre, je prends les papiers, je ressors, je redescends, un peu d’élan me pousse. Je prends le métro. J’arrive à destination. Je sors dans la rue inconnue.
 
Je cherche le chemin. J’ai oublié mon plan. Je me perds et je demande à un passant, deux, trois, l’endroit que je cherche. « Alors vous prenez à gauche à l’épicerie, ensuite tout droit vous arrivez à un carrefour et là vous prenez à droite au feu, à gauche, à droite, tout droit, à gauche, à droite, tout droit. » 
 
J’abandonne, je suis épuisée, je m’assois sur un banc et je pleure – une heure est passée, une heure de retard.
 
Je me retourne, je ferme les yeux un moment, je les réouvre, et je pars comme ça sans plan, sans instructions, sans demander mon chemin à un étranger, je marche, je marche, je marche dans les rues, jusqu’à ce que j’arrive dans la rue. Je la connais, c’est ma rue, je suis chez moi, à la maison. Je me sens heureuse finalement de rentrer chez moi.
  
 
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Publié dans La Rue

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