Prisonnière
Elle avait décidé de quitter cet endroit paradisiaque où il ne se passait rien. Oh, pas longtemps ! Deux ou trois mois pour faire le point, se mettre à l’épreuve, respirer, retrouver sa famille, ses amis d’avant, la ville, le bruit, l’agitation. Sentir le manque. Elle avait tout laissé, les objets chers à son cœur, sa musique, ses lettres, sûre de son retour. Pour tout retrouver et rester, ou pour tout reprendre et partir. Et elle était partie, confiante, heureuse de changer quelques temps d’atmosphère, sans déchirement. Et la voilà qui retrouvait des sensations oubliées, l’odeur caractéristique du métro qui lui rappelait son adolescence, la cuisine de sa mère, son enfance. Les fêtes, le théâtre, les soirées qui se poursuivaient tard dans la nuit. Ellle avait l’impression de découvrir la vie. Et de temps à autre, une angoisse insidieuse et légère teintée de nostalgie. Je dois repartir. Mes attaches sont ailleurs, loin là-bas. Et les objets auxquels je tiens, et mes livres et mes lettres ! Les perceptions se transformaient. Tout ce qui était important là-bas ne l’était plus ici. Alors la décision fut prise. Et l’évidence de plus en plus forte : je vais rester. Et elle s’installa dans sa nouvelle vie. Depuis ce temps, régulièrement, souvent au début, de plus en plus rarement maintenant, elle fait des rêves dans lesquels à chaque fois, et toujours dans un décor différent, elle essaie sans succès de rassembler ses affaires pour partir.