Promesse d'amitié
C’était juste avant Noël et les congés ; elles s’étaient croisées dans la cour lors d’un exercice de sécurité. Les jours passaient à toute vitesse et cela faisait des semaines qu’elles devaient aller déjeuner ensemble « c’est promis, on remet ça après les fêtes » Elles travaillaient dans des services différents et ne se connaissaient qu’à peine. Sous la cuirasse de la femme qu’on disait arriviste et grande gueule, elle découvrait peu à peu une énergie et une vitalité pleine d’humour et de fantaisie. Elles se croisaient parfois dans le métro car elles habitaient sur la même ligne ; le trajet s’agrémentait alors de récits de voyage. Sylviane adorait la marche et les destinations lointaines ; il lui arrivait toujours des histoires pas possibles qu’elle racontait d’une voix sonore et d’un rire communicatif : ne s’était-elle pas cassé le doigt en dévalant l’escalier de l’hôtel juste avant de reprendre l’avion pour la France alors qu’elle revenait d’une randonnée longue et difficile dans les montagnes népalaises ? Derrière ce rire tonitruant se laissait entrevoir une femme sensible et pleine de nuances. Lors d’un déjeuner, elles s’étaient raconté par bribes leurs vies, découvrant avec amusement qu’elles avaient le même age et sans s’apercevoir de l’heure qui passait. Elles étaient reparties en se jurant de bien vite se revoir. Il y avait tout le temps devant elles pour se dire encore et nouer les fils d’une amitié naissante. Les fêtes étaient passées. Elle jeta un coup d’œil à Belleville pour voir si Sylviane, par hasard, était sur le quai. De toute façon, c’était sûr, elle l’appellerait ce matin et, avec un peu de chance, elles pourraient déjeuner le jour même. En arrivant au travail, elle croisa dans l’escalier une copine qui faisait une drôle de tête. Promesse d’amitié non tenue. L’avion au cœur de la nuit s’était enfoncé au milieu de la mer dans le tumulte et le fracas. Combien de minutes, ça prend pour que le ciel et la mer se rencontrent ? Avait-elle eu le temps de réaliser que tout était foutu ? Je l’imaginais avec un sourire en train de se dire que c’était vraiment trop bête ce qui arrivait. Avait-elle agrippé la main de l’homme qu’elle aimait, assis à côté d’elle ? Ou peut-être s’était-elle endormie et n’avait rien vu ? Nous ne saurions jamais. Le grand oiseau blanc s’était abîmé juste après le décollage. Partie chercher la paix dans la solitude du désert, elle s’était dissoute à tout jamais dans la mer. Les couloirs résonnent encore de son rire si sonore et cette promesse d’amitié est tout ce qu’il en reste.