L'une et l'autre
L’une et l’autre
Deux femmes, deux collègues, une même passion pour le travail et pourtant chacune ignore tout de la vie de l’autre.
Elles étaient collègues depuis maintenant trois ans, se côtoyaient chaque jour sur leur lieu de travail, entretenaient des relations polies et solidaires. Elles s’appréciaient professionnellement, avaient souvent le même point de vue sur les projets à mener et les décisions à prendre et ne rechignaient jamais à la tâche. On les surnommait « les acolytes ». Leurs collègues ne pouvaient évoquer l’une sans penser à l’autre et on les confondait souvent. Néanmoins, ces deux femmes si liées dans leur travail, ignoraient tout de la vie personnelle et privée de l’une et de l’autre jusqu’à ce fameux jour…
Ce jour où l’une d’elles arriva, comme à son habitude, dans la salle fumeurs pour en griller une avant de s’y mettre et découvrit l’autre en larmes.
Elle ne sut pas, sur le moment, quelle attitude adopter tant cette situation était pour elle inattendue et imprévisible. Elle se contenta de s’approcher d’elle et de la prendre délicatement et tendrement dans ses bras sans dire un mot. Elle s’était autorisé ce geste d’affection mais n’y avait nullement associé de la pitié ou de la compassion. Elle avait bien trop de respect pour cette femme et cela aurait été une insulte si elle avait interprété ses larmes comme une preuve de faiblesse. Elle avait donc fait ce geste naturellement. Elle n’avait pas réfléchi mais avait agi sans se soucier des conventions.
Maintenant qu’elles étaient ainsi enlacées, elle comprit soudain que cette situation était la preuve qu’elles avaient toutes les deux trop longtemps occulté qu’il y avait de l’amitié au-delà des relations professionnelles. Il avait fallu que l’une soit témoin de l’humanité de l’autre pour se rendre à l’évidence.