Ce qui change
Il pleuvait ce matin-là. C’était un de ces débuts de journée où même le café, d’habitude tant apprécié, humé, savouré, a un drôle de goût. Un de ces matins où l’on a envie de tout fiche en l’air. Où l’on se dit Il faut que ça change ! Changer de travail, d’appartement, de pays peut-être. Enfin, n’importe quoi plutôt que de traîner cette impression de déjà-vu, d’ennui, de platitude. Claquer la porte, prendre le premier avion en partance pour autre part. C’est décidé, promis, juré, je me débarrasse de…, et hop ! je me sens déjà ailleurs, autrement. Mais bien vite rattrapée par mille petits riens, soudain indispensables : le vieux fauteuil du salon, la pile de bouquins sur le plancher, la photo, la même depuis des années, punaisée au mur, le miroir, qui, chaque fois que je passe devant, me fait un signe de connivence – mais oui c’est bien toi, aujourd’hui comme ceci, demain comme cela. Le miroir qui à cet instant précis me renvoie l’image d’une petite brune, souriante, l’œil pétillant, l’air entendu, prête à conquérir le monde. Ce matin-là, il fallait bien que ça change !
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