Béance
Sur la certitude qu'apporte l'odeur du sapin
D'après le Sphynx, sur quatre, deux et trois
Sur le Kundalini ! le Sacrum, le Hara
Souvent, j'accepte de laisser mon cœur s'épancher dans ton cœur
Pas sur toi, en tout cas !
Sur les morts. Les mille-feuilles de morts empilés les uns au-dessus des autres
Sur des systèmes ressemblant à des roulements à bille
Et le clown qui court sur la grosse boule, sur quoi il s'appuie ?
Et le Soleil, entouré de ses balles de jonglage, sur quoi il s'appuie ?
Et l'autre, dont le Soleil est une des balles de jonglage, sur quoi il s'appuie ?
Et le temps qui passe, sur quoi il s'appuie ?
Et le temps qui demeure, sur quoi il s'appuie ?
Je sais que lorsque je dois soulever un objet trop lourd, je pose mon avant-bras sur ma cuisse pour faire levier. C'est tout ce que je sais.
Ou encore :
"Quand j'étais petite, j'avais dix ans, en traversant le passage clouté pour aller à l'école, un type a déboulé avec sa voiture, il ne s'est pas arrêté, il n'a même pas ralenti, il m'a heurté avec sa voiture, le choc m'a envoyé en l'air, très haut, je me souviens d'avoir vu la voiture à l'envers, une 4L vert bouteille, comme celle de mon oncle Loulou – j'aurais aussi bien pu être un astronaute contemplant la terre au-dessus de lui, enfin bref, je me suis retrouvée en l'air, la tête à l'envers, comme ça, un instant, et paf ! je suis retombée sur l'asphalte, ça a fracassé mon épaule, mon humérus cassé en deux.
A la sortie de l'hôpital, des plâtres, des opérations, des broches, mon bras était comme mort. Tout mou. Plus un muscle dedans, plus d'énergie, de sensation, de chaleur, rien. Inerte. C'est mon autre bras, son copain, qui, un jour, l'a saisi par le poignet et l'a tout doucement dressé, chandelle en équilibre au-dessus de ma tête. Il a tenu. J'ai pu serrer mon poing. La vie est repartie de la.
Sur quoi on s'appuie ? Moi, je m'appuie sur moi.