L'attentat
Oran 1961. C’était le milieu de l’après-midi, la sortie de l’école. La chaleur était dense Ils avaient dépassé l’épicerie sombre et odorante, là où on achetait toutes sortes de choses. Elle portait sa jupe plissée à carreaux avec des socquettes blanches et des souliers à brides ceux qui s’attachent avec le bouton rond comme une petite perle en nacre et le petit clou argenté sur le dessus. Elle était du côté droit de son père et lui tenant la main. Elle se souvient qu’elle marchait en sautillant. Du côté gauche de son père, sa sœur, la blonde, avec ses petites jambes, qui ne savait même pas sautiller et qui devait faire des pas plus rapides si elle voulait marcher sans traîner. Etaient-ils entrain de parler quand c’est arrivé ? Elle ne se souvient pas. Il n’y avait pas beaucoup de monde dans cette rue, qui dans son souvenir est une grande rue, comme une avenue. A quel moment a-t-elle remarqué cette femme qui marchait devant eux ? Elle ne sait plus. Elle revoit juste cette femme de dos enveloppée de ses voiles blancs de la tête aux pieds. Et elle entend la voiture, le coup de feu. Elle ne se souvient pas d’avoir vu la femme tomber, ne se souvient pas avoir vu du sang. Pas non plus ce qu’ils ont fait ensuite, elle, son père et sa sœur. Elle se rappelle juste s’être retrouvée à la maison.