Initiation
Sur le sentier de graviers, la voiture roule au pas, longeant un corps nu et brun, recroquevillé sur lui-même. En passant plus prés, l'enfant voit que c'est une vieille dame aux cheveux gris et emmêlés, qui se sert de ses mains comme d'un sablier. Elle répète sans relâche ce même mouvement, son corps nu et brûlé par le soleil se balançant au rythme d'une affreuse berceuse.
La voiture se gare mais l'enfant ne peut détacher son regard du petit être rabougri au corps violemment offert à la vue. Son âme éparpillée aussi s'étale là, sous le regard passant d'infirmiers goguenards.
Au second plan, plus loin dans l'azur du ciel, se détachant sous les pins, la silhouette d'une petite femme ronde et rebondissante. Son regard, surtout, sautille de droite et de gauche. Autour de son cou, des bijoux fantaisie s'emmêlent tandis que deux couettes nouées de ruban rouge lui donnent un air gamin. Ses deux poignets ronds et blancs s'ornent de bracelets de plastique multicolore. Elle s'avance sur le chemin où la vieille dame nue et rabougrie fait passer le temps entre ses doigts jaunes et racornis comme du bois sec. Elle se met à sauter sur un pied et l'enfant comprend qu'elle joue à la marelle.
Le père de l'enfant l'appelle pour qu'elle l'accompagne à l'intérieur.
Des murmures, des cris, des gémissements, quelqu'un hurle là-bas, quelque part, loin de la vue.
"T'as pas un clope?". "Aide-moi s'il te plaît, petite, aide-moi"…
Des sourires bêtes, baveux, des regards en prière, comme autant d'abîmes d'incompréhension. Dans les couloirs, partout, des hommes, des femmes, des murs en souffrance, pure désolation. La solitude de l'homme parmi les hommes, de celui qu'on a détecté, isolé, parqué là. La solitude du fou parmi les fous.
L'enfant serre la grosse main chaude de son père et s'y accroche comme à une bouée, pressentant pourtant que ce qu'elle a vu la distinguera à jamais des autres. Maintenant, et pour toujours, elle aura peur.
La voiture se gare mais l'enfant ne peut détacher son regard du petit être rabougri au corps violemment offert à la vue. Son âme éparpillée aussi s'étale là, sous le regard passant d'infirmiers goguenards.
Au second plan, plus loin dans l'azur du ciel, se détachant sous les pins, la silhouette d'une petite femme ronde et rebondissante. Son regard, surtout, sautille de droite et de gauche. Autour de son cou, des bijoux fantaisie s'emmêlent tandis que deux couettes nouées de ruban rouge lui donnent un air gamin. Ses deux poignets ronds et blancs s'ornent de bracelets de plastique multicolore. Elle s'avance sur le chemin où la vieille dame nue et rabougrie fait passer le temps entre ses doigts jaunes et racornis comme du bois sec. Elle se met à sauter sur un pied et l'enfant comprend qu'elle joue à la marelle.
Le père de l'enfant l'appelle pour qu'elle l'accompagne à l'intérieur.
Des murmures, des cris, des gémissements, quelqu'un hurle là-bas, quelque part, loin de la vue.
"T'as pas un clope?". "Aide-moi s'il te plaît, petite, aide-moi"…
Des sourires bêtes, baveux, des regards en prière, comme autant d'abîmes d'incompréhension. Dans les couloirs, partout, des hommes, des femmes, des murs en souffrance, pure désolation. La solitude de l'homme parmi les hommes, de celui qu'on a détecté, isolé, parqué là. La solitude du fou parmi les fous.
L'enfant serre la grosse main chaude de son père et s'y accroche comme à une bouée, pressentant pourtant que ce qu'elle a vu la distinguera à jamais des autres. Maintenant, et pour toujours, elle aura peur.
Publicité