Le temps de maintenant

Publié le par Tania

L'horizon s'ouvre enfin, à nouveau, un petit pan d'horizon, comme une étoffe déchirée, dans ce désert infini de médiocrité…Des problèmes à régler, des rendez-vous à prendre, annuler, puis reporter. Des coups de fil à passer, d'interminables minutes à patienter, des mots à prononcer, des mots qu'on voudrait n'avoir jamais à prononcer, des petits espoirs, des petits succés, infimes, touchants. Des poubelles à jeter, du linge à laver, des vaisselles à faire, des courses, des tas de tâches qui prennent infiniment de temps, d'énergie.

 

Enfin, respire… Gonfle ton abdomen, laisse l'air envahir tes côtes, une à une, remplis tes poumons jusqu'aux clavicules. Puis, retiens ton souffle quelques dizaines de secondes, une minute si tu peux, surtout, ne fais pas d'effort. Et puis…, expire: une longue expiration maîtrisée, contrôlée, dosée pour durer très longtemps et arriver au bout d'elle-même. Evocation des pinèdes du bord de mer lors de vacances en famille. De la chlorophylle partout, de l'iode aussi. Le beige du sable sec, aux reflets dorés, le brun du sable mouillé. Des gens qui font comme nous, marchent tout le long de plages immenses, en famille. Les enfants courent loin devant et ne peuvent s'empêcher de rentrer dans l'eau presque jusqu'à mi-cuisses. Leurs pantalons sont trempés, mais on ne les fâche pas, non, c'est les vacances…On prend bien le temps de marcher, de sentir le poids de son corps sur ses cuisses, celui des cuisses sur les pieds qui s'enracinent et se déracinent à chaque pas. On prend bien le temps de respirer, de sourire aux inconnus que l'on croise, au soleil timide et audacieux, à son compagnon. Heureux de cet instant si présent, plein, rond et lisse comme un galet. On prend le galet doux et blanc dans le creux de ses mains, on le réchauffe, il nous réchauffe, on se sent bien. A sa place dans l'univers.

 

Puis lentement, on rebrousse chemin, les enfants loin derrière, on ne reconnaît rien; de toutes façons nos traces de pas ont été léchées depuis longtemps par la mer. Elle sait bien, elle, qu'on n'a fait que passer...

 

                                                                                   

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