Enigme
Il était toujours le premier à franchir les portes de la bibliothèque du Centre Georges Pompidou.
D’un pas rapide et décidé, il montait au deuxième étage et s’installait systématiquement à la même place, à la première table à gauche de l’escalator.
Après avoir aligné un à un ses vingt carnets couverts de papier kraft, il taillait méticuleusement ses vingt crayons qu’il disposait devant chacun des carnets. Ensuite, il se levait, prenait tous les dictionnaires français-anglais des éditions Robert , uniquement, et ouvrait chacun d’eux à une page différente. Alors son travail pouvait commencer. Il notait d’une écriture minuscule mais soignée et appliquée les définitions des mots trouvés au hasard et sans jamais s’arrêter de 10h à 22h. Au dernier appel informant que le centre allait fermer ses portes, il se levait rapidement, ramassait tous ses carnets et crayons qu’il jetait négligemment dans un sac en plastique qu’il avait toujours avec lui et laissait tous les dictionnaires sur la table.
J’ai travaillé trois ans comme vacataire de rangement à la bibliothèque et j’ai observé cet homme bizarre qui m’obligeait à ranger les dictionnaires tous les jours sans jamais parvenir à comprendre ce qui le poussait à accomplir ce travail de Sisyphe.